AFCOT - Association Française Cotonnière

AFCOT, Association française cotonnière.

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Discours de M. F Niedergang

 

                              Réunion cotonnière de Monte Carlo, 4&5 octobre 2018

 

                                          

                                   Discours de monsieur Franck NIEDERGANG

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

 

J’ai l’avantage et le plaisir de vous souhaiter la bienvenue ce soir a l’hôtel Méridien Beach Plaza de Monaco a l’occasion du 128ème diner de l’Association Française Cotonnière.  Nous sommes un peu plus de 360 participants réunis ce soir en provenance d’une trentaine de pays.

J’espère que l’organisation ainsi que les sujets que nous avons choisi de traiter lors du séminaire de ce matin auront à nouveau su vous faire apprécier cet important évènement de l’année cotonnière qui nous est cher.

Je salue mes homologues des Associations Cotonnières ainsi que nos invités d’honneur qui vous ont été présentés en début de diner par Monsieur Curt Arbenz, Vice-Président de l’Association Française Cotonnière, et qui nous honorent par leur présence.

Comme à l’accoutumé je tiens tout particulièrement à saluer les représentants des filières cotonnières africaines parmi nous ce soir, sans lesquels nous ne saurions être au complet.

Je ne saurai évidemment oublier nos talentueux intervenants du séminaire de ce matin, par ordre de présentation, Monsieur Michael Edwards, Directeur chez Coton Outlook, Monsieur Sylvain Berthelet, fund manager et analyste financier chez SMA Gestion ainsi que Monsieur Jean-Claude Talon, Directeur Commercial et Logistique de SODECO, qui nous ont fait le grand plaisir d’accepter notre invitation cette année.

Sans plus tarder, et parce que j’ai pu entendre ici et la que mon discours de l’an dernier a Deauville aurait peut-être été un peu long, je vais donc tout de suite revenir sur les évènements qui me paraissent fondamentaux de l’année cotonnière écoulée et tenter de m’aventurer vers ce qu’ils impliquent pour l’année qui nous attend.

Il y a un an, a l’exception de quelques incidents toutefois limités, les récoltes de l’hémisphère Nord s’annonçaient abondantes. Les USA en particuliers récoltaient leur plus importante production des dix dernières années et le marché à terme s’apprêtait a nous gratifier d’une hausse quasi continue de près de 7 mois. Entre mi-novembre 2017 et début juin 2018 nous avons vu le prix spot du coton passer d’environ 68 à près de 95 cents/livre. Spectaculaire. Les catalyseurs de cette hausse étaient abondants, l’humeur du marché au beau fixe.

Tout d’abord des niveaux records de vente. Les ventes à l’export US publiées chaque semaine s’établissaient à des niveaux historiques semaine après semaine par rapport aux années précédentes. Pour l’exemple le volume des ventes « on call » soit à prix non fixé sur le contrat Juillet 2018 étaient du double des volumes enregistrés sur le contrat Juillet 2016. 

Tout aussi parlant, la première estimation de consommation de coton pour la saison 2017/2018 du Département de l’Agriculture américain publiée en Février 2017 prévoyait une hausse de 2%.  Aux environs de la date de notre diner de l’an dernier l’estimation du même USDA se situait alors à 3.5%. Finalement l’USDA estime maintenant que cette augmentation de consommation s’est établie légèrement au-delà de 6%.  Il s’agit là d’une performance exceptionnelle.  C’est la plus forte hausse de la consommation cotonnière d’une année a l’autre depuis la saison 2009/2010.

Un autre facteur majeur de la hausse du marché cette année est à rechercher du côté des spéculateurs, les participants au marché dit « non commerciaux ».         
Jusqu’à mi 2016 la position nette longue de ces spéculateurs ne dépassait que rarement environ 70.000 contrats futures.  Depuis mi 2016 nous constatons un engouement renouvelé de ces spéculateurs longs pour le marché cotonnier.

A la date de notre diner de l’an dernier, cette position était légèrement inférieure à 65,000 contrats. Elle a légèrement baissé en dessous de 60,000 contrats au plus bas en Novembre pour ensuite s’envoler, plus que doubler, et atteindre environ 130,000 contrats longs le 23 Janvier, niveau de nouveau approché lorsque le marché s’est lui envolé fin mai/début juin.

Enfin la demande Chinoise.  La spectaculaire diminution du gigantesque stock de coton de la réserve d’état Chinoise ces dernières années, a pour effet direct l’intensification des spéculations sur le timing du redémarrage des importations chinoises, dans des volumes nettement plus importants que ces dernières années.  En effet, en 2017 la réserve chinoise a relâché 3.2 millions de tonnes de coton sur son marché intérieur et 2.5 millions de tonnes cette année entre mai et fin septembre.  Lorsque la Chine décidera que son stock est revenu à un niveau acceptable, les importations devront alors compenser ces déstockages.  Appétissant, le décor était planté, la hausse fut belle.  

Alors qu’en est-il aujourd’hui ? Près de 4 mois après avoir marqué son cours le plus élevé, le coton a reperdu les 2/3 de ses gains. 

Le problème a démarré fin Janvier 2018.  Mais à ce moment on ne s’attendait probablement pas à ce qu’il enfle au point que nous atteignons en ce moment. En effet à fin Janvier le Président Trump a entamé son face à face commercial avec la Chine avec l’imposition de taxes d’importations sur des panneaux solaires et des machines à laver. Le problème c’est que depuis la rhétorique est devenue guerrière, des milliers de produits en tout genre se sont ajoutés au panneaux solaires et machine à laver initialement taxés. La Chine a répondu, le face à face est devenu une guerre commerciale, et les incertitudes enflent.

A ce stade un rappel sur la structure du marché cotonnier m’apparait indispensable. Depuis la saison 2014/2015 la production cotonnière vis-à-vis de la consommation est déficitaire. La ou ce point devient fondamental, c’est lorsque l’on constate qu’entre les saisons 2015/2016 et 2017/2018 la production cotonnière a globalement progressé de 24%.  La rapidité avec laquelle l’augmentation des surfaces plantées a répondu au prix est tout simplement spectaculaire. 

En effet en ce moment, quasiment quel que soit l’endroit du monde où l’on se tourne, si du coton peut y être cultivé il y est planté, le coton est roi. Les cours des autres produits agricoles souffrent aussi de la guerre commerciale, le retour sur investissement pour les producteurs continue à favoriser le coton contre nombre de spéculations concurrentes. Bonne nouvelle me direz-vous. Sans doute, mais a une condition : la demande doit tenir. Malheureusement une guerre commerciale entre le principal exportateur mondial, et son principal client, quand en plus le marché à terme qui est notre outil a tous est « domicilie » chez le premier, c’est une très mauvaise nouvelle.   Le prix du coton depuis le mois de juin dernier nous le démontre.

Alors quand cela va-t-il s’arrêter ? qui a intérêt a ce que cela s’arrête ? 

Avec le prix du marché à terme d’il y a quatre mois, les bases soutenues d’alors et une demande elle aussi soutenue, on pouvait se dire que la chine importerait du Brésil, de l’Afrique de l’Ouest, de l’Australie, du Grec, etc… en remplacement de l’US, que les prix de ces origines augmenteraient, que l’US irait là ou ces origines allaient habituellement. Bref, un scenario pas vraiment inquiétant et plutôt inflationniste pour l’acheteur qui se monterait alors peut être plus conciliant pour négocier.   Dans les faits, qui dit guerre commerciale dit incertitude et donc ralentissement des flux, le marché baisse, les bases baisse.  Une éventuelle pression inflationniste n’est donc pas d’actualité pour résoudre la situation.

Revenons un instant à la réserve Chinoise, puisqu’elle est la clé du déblocage d’importations massive. Depuis environ deux ans les conjectures vont bon train quant au niveau auquel la Chine stabilisera son stock de réserve afin d’anticiper le retour des importations massives. On a commencé par entendre 5 millions de tonnes, l’an dernier c’était plutôt 4 millions, etc.  Il y a quelques jours, à fin septembre, la réserve a terminé son déstockage pour l’année 2018.   Son niveau de stock et maintenant à 2.7 millions de tonnes.  Et le marché ne sait toujours pas à quel moment ce déstockage s’arrêtera. L’incertitude continue et le marché la reflète.

C’est bien d’une guerre commerciale dont il s’agit.  Le coton n’est pas le seul touché, l’incertitude devient globale.  Les négociants présents ici ce soir le voient tous les jours, du coton personne n’en manque en ce moment, loin de là. La Chine elle aussi est confortable de ce point de vue, il reste du coton dans la réserve, la nouvelle récolte est un bon cru, la quantité est présente.  Alors compter sur la Chine pour plier face aux USA à court terme pour cause de manque de coton ? probablement un pari risqué.  Un exemple de cela est le fameux quota d’importation pour la chine que tout le monde attend depuis juin.  Les Chinois l’ont annoncé, mais on l’attend toujours.  S’ils avaient désespérément besoin de ce coton, il y probablement longtemps que ce quota aurait été relâché.

Autre effet de la guerre commerciale les monnaies de nombre de pays émergeants ont plongé face au Dollar. Au risque de faire à nouveau un discours trop long je ne rentrerai pas dans la discussion sur les risques que cela pourrait impliquer à terme quand au service de la dette de ces pays émergeants alors que les taux américains remontent et leurs monnaies s’effondrent. Nombre de ces pays sont d’importants importateurs de coton et diminue d’autant leur capacité à continuer à soutenir le marché par une poursuite des importations au rythme soutenu que l’on a connu jusqu’à récemment.  La Chine a elle aussi vu sa monnaie dévaluer ces derniers mois et elle est aussi un gros importateur de fil. Ce n’est pas non plus une bonne nouvelle pour tous les filateurs de ces pays qui ont augmenté leurs capacités de productions ces dernières années pour fournir la chine, alors qu’li souffrent déjà pour importer du coton parce que leur propre monnaie a dévalué.

Alors pour conclure revenons sur le timing. Il est important que rapidement l’écart du rendement financier au producteurs entre le coton et les autres spéculations agricoles se rebalance.  Rapidement.  Faute de quoi le risque d’un cycle de baisse de prix du coton serait probable.

Les élections de mi-mandat aux USA ont lieu en Novembre. Cette échéance peut elle pousser le Président Trump à revoir sa rhétorique pour aborder une négociation plus conventionnelle ? Difficile à dire, je me garderai de faire ce type de pari étant donné le coté assez imprédictible auquel il nous a habitué dans ses relations internationales depuis le début son mandat.

J’en reviens donc à la Chine.  Comme mentionné un peu plus tôt, la réserve détient 2.7 millions de tonnes. Son cycle de déstockage cours habituellement entre Mai et Septembre. Peut-elle démarrer l’année qui vient au même rythme que ces dernières années, à savoir avec son quota OMC annuel, sa propre production et du déstockage. Oui, sans aucun doute.  Peut-elle poursuivre cela toute l’année 2019 ? Si l’on ne regarde que les chiffres faisant abstraction des qualités, ça serait très juste, mais possible selon certain.  Il parait toutefois très peu probable que la réserve déstocke totalement. 

Dernier point, pour ce qu’il vaut, il devient très difficile de trouver un segment de l’industrie qui ne soit pas baissier aujourd’hui. Tous du même côté du navire n’a jamais été une position très confortable pour naviguer. 

Je m’en tiendrai donc là pour ce soir.  Pour ce qui est d’une opinion plus détaillée sur l’année qui nous attend, avec plaisir mais ça devra être en privé. Je ne saurai la donner depuis une tribune, au risque d’être la première victime du négoce de la guerre commerciale USA/Chine !

Enfin, je souhaite m’adresser aux représentants ici présents des sociétés exportatrices africaines, ainsi que le l’Association Cotonnière Africaine. Je tiens à vous assurer une nouvelle fois du soutien indéfectible de l’AFCOT et de son Comité de Direction. Cette année nous a apporté son lot de challenges qui nous ont amené à des discussions durant cet AFCOT au sujet de la procédure de traitement des réclamations. Je vous remercie d’avoir été ouverts à cette discussion et souhaite que vous gardiez à l’esprit que la motivation de mes collègues du Comite de Direction et la mienne demeure toujours de faire évoluer nos pratiques et procédures avec le marché afin de continuer porter haut le coton africain de qualité, compétitif et toujours attentif aux évolutions d’un marché en perpétuelle évolutions.

Pour conclure j’adresse mes sincères remerciements à Brigitte Houllier, Secrétaire comptable de l’AFCOT ainsi qu’à Gérard Kassarian, notre Secrétaire General, pour leur efficacité sans faille dans l’organisation de cet évènement ainsi qu’a la bonne marche de notre association.  Également à mes collègues du Comité de Direction pour leur patience et leur soutien durant mon mandat qui a coïncidé avec d’important changements dans ma carrière professionnelle.  Ceux-ci m’ont obligé à rediriger une partie de l’énergie qui était sans doute due à la vénérable Association Française Cotonnière.

 

Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente continuation de soirée.

 

Je vous remercie.

 

 

 

 

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