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Message de SE Abdou Diouf
Message de son Excellence, Monsieur Abdou Diouf, Secrétaire Général de la Francophonie
Monsieur le Président Je voudrais vous dire également combien je suis heureux d’évoquer avec vous un domaine qui m’a tenu à cœur : le Sénégal n’est certes pas le plus grand des pays cotonnier d’Afrique, son économie est plus connue pour son arachide, ses pêches, voir ses phosphates, mais le coton est une réalité quotidienne pour ses villageois et la gestion de sa production et de sa commercialisation a été pour eux une école de démocratie et de responsabilisation irremplaçable. Mais quel rapport entre la Francophonie et le coton ? Quand on pense à la Francophonie, spontanément on évoque les questions de langue et de culture, d’éducation et de savoir, souvent aussi celles relatives aux droits de l’Homme et à la démocratie. Il est plus rare que l’on mentionne la solidarité, l’économie et le développement durable. Or il s’agit là d’une des quatre missions que s’est donnée la Francophonie en 2004 lors de son Sommet de Ouagadougou, en adoptant le Cadre Stratégique Décennal qui régit aujourd’hui ses actions et son plaidoyer. Et, au sein de cette mission, l’intégration des pays les plus pauvres dans l’économie mondiale et l’instauration d’échanges commerciaux équitables et équilibrés constituent les axes d’un travail engagé dès 2000 et poursuivi à l’occasion de la Conférence ministérielle de l’Organisation Mondiale du commerce à Cancun en 2003. C’est lors de cette Conférence de Cancun et de son retentissant échec, justement autour de la question du coton et des subventions américaines et européennes à ce produit, que s’est confirmé le soutien de la Francophonie à un système commercial mondial qui soit à la fois équitable et efficace, sans exclusion et sans déséquilibre flagrant : et le coton est devenu un des symboles de cette affirmation. En pleine euphorie de la mondialisation triomphante, alors que les taux de croissance courraient après les nombres à deux chiffres et que la théorie des avantages comparatifs servait à masquer de purs rapports de force, la Francophonie a appuyé le C4, le regroupement des quatre grands cotonniers d’Afrique – Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad – en prônant l’ajustement des aides américaines et européennes, en faveur d’une production cotonnière africaine qui, si elle ne représente que 10% de la production mondiale, est exportée à 90%. A Hong Kong, à la Conférence ministérielle de l’OMC de 2005, l’effort a été maintenu et il a fallu l’habileté de négociateurs mobilisant les producteurs de banane sud-américains pour empêcher ces efforts conjoints d’aboutir et pour semer le découragement chez les paysans du Sahel cotonnier. Aujourd’hui, en raison de l’appétit de matières premières, qui n’a été que brièvement freiné par la crise économique et financière de 2008, les prix du marché sont redevenus intéressants pour les producteurs. Les efforts de réorganisation des filières, même incomplets, permettent d’espérer que les atouts du coton africain – sa qualité et son coût effectif de production, hors subvention – conduiront à un nouvel élan et à une nouvelle capacité pour les producteurs d’assurer, avec les recettes du coton, la santé et la scolarisation de leurs enfants, l’électrification rurale ou bien d’autres aménagements. Il reste qu’actuellement encore la transformation du coton demeure minime en Afrique : les problèmes d’infrastructures et d’énergie et la concurrence de pays à faibles coûts salariaux ont mis à bas les usines existantes et n’ont pas permis la création de nouvelles unités. La question de la valeur ajoutée est donc toujours posée. Faut-il essayer de la résoudre de façon classique, en recréant des filatures et des tissages, en prenant en compte d’une part les jeunes qui arrivent de plus en plus nombreux sur le marché du travail africain, d’autre part le rôle d’entrainement qu’a joué l’industrie textile dans le développement d’un certain nombre de pays ? Ne faut-il pas plutôt explorer ce que j’appellerai la voie de la diversité et de l’excellence. La haute qualité du coton africain est reconnue. Elle est la base de productions artisanales appréciées, souvent mises en lumière par des créateurs et des artisans inspirés. Par le biais d’une appellation d’origine, l’établissement d’un label et l’utilisation des circuits du commerce équitable, on peut donc envisager une autre manière de créer de la valeur ajoutée et de favoriser une culture cotonnière privilégiant la qualité plus que la quantité. Comme pour d’autres produits agricoles, au lieu de choisir la production croissante d’un coton de qualité moyenne, soumis à une concurrence mondiale, ne faut-il pas s’orienter vers un coton d’excellence, utilisé avant tout pour des tissus, des vêtements, des objets d’exception ? Je conçois que cette approche puisse laisser sceptique, au premier abord, un planteur béninois ou tchadien, habitué à voir son coton graine emporté au bord de la route, selon des délais irréguliers, vers des usines d’égrenage épuisées, alors qu’il est avant tout désireux d’assurer à sa famille un revenu régulier, même limité. Mais c’est justement ce type de défi que, dans d’autres contextes, des caféiculteurs, des planteurs de cacao, des vignerons, ont su relever, pour accéder à la fois à la prospérité et à une forme de notoriété. Plutôt que d’aller à la dérive dans un marché de masse, dominé par des opérateurs financiers et industriels éloignés d’eux, ils ont conquis et fidélisés des clients exigeants, prêts à rémunérer exactement et convenablement des produits de haut niveau. Et par là, ces producteurs ont mis également en valeur maints éléments de leur culture et de leurs arts, contribuant à une reconnaissance non seulement de leur compétence d’agriculteur, mais de l’apport de leur communauté à une civilisation universelle. Sans doute il y a une part de rêve dans cette proposition. Mais la francophonie est aussi faite de rêves et il est connu que si l’on croit à un rêve, il finit par se réaliser. Je crois pour ma part que le coton africain est et demeurera un outil de développement, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur les plans culturels et sociaux, et que nous ne devons donc pas cesser de lutter pour lui. Je vous remercie de votre attention. Abdou DIOUF
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