Discours de Monsieur Thierry Devilder, Président de l’Association Française
Cotonnière
Monsieur l’Ambassadeur
Monsieur le Ministre
Messieurs les Présidents d’Associations
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Pour son 121ème anniversaire, l’Association Française Cotonnière a le plaisir de vous accueillir une nouvelle fois dans cette belle ville de Deauville.
Au nom du Comité de Direction, laissez-moi vous remercier d’être venus aussi nombreux participer à nos travaux.
En effet, nous ne sommes pas moins de 250 personnes de 30 nationalités différentes à être présentes ce soir dans cette salle ce qui témoigne de tout l’intérêt que vous portez à notre association et nous encourage pour l’avenir à redoubler d’efforts pour mériter votre soutien.
Par la même occasion, permettez-moi de saluer tout particulièrement notre invité
d’honneur – Monsieur Hervé CRONEL – qui aura le plaisir de vous adresser un message de la part du Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, le Président Abdou Diouf.
L’année dernière à la même époque, mon prédécesseur – Yves Christophel – se réjouissait de la forte remontée des prix.
En effet, l’Indice Cotton Outlook était passé en un an de 65.00 usc/lb à 111.00 usc/lb,
principalement sous l’effet d’une réduction des stocks mondiaux.
Qui aurait alors pu imaginer que nous n’en étions alors qu’à mi-chemin !
En effet, dans une ambiance que je qualifierais presque de surréaliste, les cours ont
atteint des niveaux stratosphériques jamais atteints auparavant pour culminer à environ 234.40 usc/lb le 7 avril 2011 selon le Cotton Outlook.
Comment pouvons-nous expliquer cette hausse brutale ?
Nous pouvons citer pêle-mêle :
. Mouvement général de hausse des marchés de commodités agricoles
. Hausse de la demande coton après la crise de 2008/2009
. Pertes de production dues aux inondations au Pakistan
. Stocks mondiaux faibles en début de campagne 2010/2011 (8.6 Millions de MT)
représentant moins de 40 % de la consommation mondiale
. Limitation des exportations indiennes
. Stocks certifiés US faibles
. Tension sur le mois spot aux USA, incapacité des filateurs à fixer leur contrat d’achat on call
. Baisse lente des rendements mondiaux moyens à 738 kgs/ha.
Tout au long de l’année 2010, la hausse fut continue et durable, les filateurs ayant pu
répercuter celle-ci dans leurs prix de filés.
Le marché du coton était-il entré dans une nouvelle ère avec des producteurs enfin payés au juste prix et des filateurs pouvant répercuter cette même hausse dans leurs produits finis ?
Malheureusement, le mouvement s’est brutalement grippé. Dès la mi-avril 2011, la demande s’est brusquement tarie.
Le marché du coton est alors passé du rêve au cauchemar.
Les cours du coton se sont effondrés pour perdre 40 % en quelques mois occasionnant des dégâts considérables à toute la filière coton : producteurs, négociants et filateurs.
Les conséquences, tant financières que commerciales, seront, je le crains, encore
ressenties pendant de nombreuses années.
Les deux raisons principales en sont probablement le manque de capacité financière de certains acteurs du marché, notamment les filateurs, incapables de digérer leurs besoins de fonds de roulement qui ont triplé en deux ans ainsi que l’impossibilité pour le consommateur final d’accepter toute hausse même mineure des produits finis, le modèle de distribution actuel ne le permettant que difficilement.
L’effet de hausse des prix a fini par avoir un impact sur les volumes sachant que le coton est durement concurrencé par les fibres artificielles notamment, qui elles ont su mieux lisser le choc des prix.
Le maître mot qui aura caractérisé l’année écoulée aura été sans aucun doute le mot
« extrême volatilité » qui a affecté la plupart des marchés de commodités aussi bien
agricoles que non agricoles alimentés par des taux d’intérêt extrêmement bas et donc une abondance de capitaux cherchant une forte rémunération à court ou moyen terme.
Dans ce contexte complexe produisant parfois des écarts de cours importants même sur une période courte, la tentation peut être grande de ne pas honorer ses engagements.
Les conséquences morales, financières et commerciales peuvent être énormes.
En 2011, d’après mes estimations, pas moins de 500 millions de dollars ont été perdus par le négoce mondial en annulation de contrats.
Au-delà des pertes financières importantes à absorber, c’est tout le fonctionnement d’une filière qui risque d’être remis en question sur le plan de la confiance et le caractère certain de l’inviolabilité des contrats.
Si la parole n’est plus d’or, faut-il revenir à des ventes à court terme uniquement ? voire qu’à des ventes à prix fixe ?
Il est inutile de vouloir dresser un tableau trop sombre de l’avenir mais dans ce contexte hyper volatile, nous devons être vigilants et plus que jamais garder nos valeurs de moralité très présentes à l’esprit.
L’anarchie commerciale serait la mort de nos filières.
L’Afcot a toujours défendu ces valeurs avec une grande vigueur et continuera à le faire à l’avenir.
Une des missions de notre Association est aussi la mise à jour du Règlement Général Européen aux pratiques du commerce cotonnier d’aujourd’hui.
C’est ainsi que nous allons prochainement nous atteler à adapter le RGE aux nouvelles dispositions de la réforme de l’Arbitrage entrée en vigueur le 1 Mai 2011 par décret officiel.
Ce décret ministériel, à comme objectif de conforter la place du droit Français de
l’arbitrage, qui s’est imposé dans le domaine international grâce à sa souplesse et la
sécurité juridique qu’il apporte.
Les nouveaux objectifs sont clairement énoncés.
Tout d’abord, consolider une partie des acquis de la jurisprudence, d’autre part apporter des compléments à ce texte, afin d’en améliorer encore plus l’efficacité, et surtout, et je considère ce point très important dans un marché devenu mondial, d’y intégrer des dispositions inspirées par certains droits étrangers dont la pratique a prouvé l’utilité.
Nous poursuivrons aussi l’organisation de séminaires communs avec nos amis de
l’Association Cotonnière Africaine qui permettent de resserrer les liens et aussi
d’approfondir nos connaissances sur des sujets communs.
Aussi ces forums nous permettent-ils de discuter de nombreux sujets que nous avons en commun et de nous faire progresser ensemble.
Une plateforme d’informations cotonnières est aussi disponible sur le site officiel de
l’Afcot mis régulièrement à jour par notre Secrétaire Général – Monsieur Gérard
Kassarian.
Je vous invite à le visiter régulièrement.
En plus des informations cotonnières, vous y trouverez toutes sortes d’informations
pratiques.
Cela va dans le sens de la volonté de l’Afcot de se mettre au service de la communauté du coton francophone. Ses missions, comme vous pouvez le constater, sont nombreuses et variées.
Son Comité a été grandement renouvelé et travaille à la production de pratiques
commerciales transparentes et équitables.
Cela, je pense, nous concerne tous et contribue à un bon exercice de nos métiers.
En participant à notre manifestation aujourd’hui, vous contribuez à nous soutenir
moralement dans l’exercice de nos missions et vous nous encouragez à les poursuivre.
Vous pouvez aussi le faire en devenant membre de l’Afcot pour ceux qui ne le seraient pas encore.
Avant de vous quitter, j’aimerais terminer sur une note d’optimisme.
Malgré la récente chute des cours, ceux-ci restent sur des niveaux historiquement élevés et nous pouvons rester raisonnablement optimistes quant à un maintien de ceux-ci sur le haut de la fourchette des 25 dernières années.
Je vous remercie de votre attention et vous souhaite de passer une excellente soirée.